Le musée Louvre à Lens, ce « Louvre-hors-les-murs”, a été construit sur une terre minière frappée par la désindustrialisation. L’agence d’architecture japonaise Saana a conçu un luxueux musée sur un ancien carreau de mine de la fosse 9/9bis de 22 hectares.

Ici, les mineurs descendaient jadis dans les galeries à 900 mètres de profondeur pour extraire le charbon.
Dès l’ouverture en 2012, les visiteurs du musées déambulent dans les galeries de plein pieds et restent en surface.
Les terrils de Loos-en-Gohelle visibles à l’horizon font écho à la pyramide du Louvre de Ming Pei.

Le choix de l’agence d’architectes SAANA

Lorsque en 2005 le jury décide de retenir à la première place le projet de Rudy Ricciotti, le Conseil régional décide de refuser ce projet de musée enterré sous un lac. Le principal financeur et maître d’ouvrage étant la Région Nord-Pas-de-Calais, elle opte pour le numéro deux du concours, l’agence SAANA.

Les deux architectes Kazuyo Sejima et Ryûe Nishizawa ont reçu en 2010 le prix Pritzker d’architecture. Ce projet propose surtout d’occuper l’ensemble du terrain long de plus de 6OO mètres et exploite largement le vaste terrain avec un partie prix de réaliser un musée qui ne dépasse pas la cime des arbres.

Une architecture au luxe subtile

La simplicité de la structure et la légèreté du projet ne signifie pas une économie de moyens. Le cabinet japonais SANAA est connue pour sa signature architecturale faussement économique. Le budget d’investissement est de 150 millions d’euros pour un bâtiment simple en structure. Le luxe ici se cache dans le détail, la finalisation, le choix des matériaux et l’aménagement.

A la différence des projets des architecture qui cherche avant tout un effet spectaculaire, le musée de Lens est discret et subtile. Il intègre le parc comme un aboutissement de promenade. L’arrivée vers l’accueil tout en transparence donne envie de voir plus.
Habillées en aluminium, les façades se confondent avec le ciel souvent gris et se marient au paysage.

Le musée est très étendue et pourtant cette flottille de cinq bâtiments composés de quatre rectangles et d’un carré très légèrement courbé s’échelonnent progressivement dans un semblant de chaos. La lecture n’est pas immédiate. Les espaces ont l’air de se toucher de manière aléatoire sans ordonnancement apparent. Les bâtiments donnent le sentiment d’être parfaitement intégrés dans une légère pente.

Les lignes sont épurées, très légèrement courbes, ce qui ajoute la fluidité et la douceur à la perception des volumes.

parois légèrement incurvée

L’ordonnancement des structures se dévoile progressivement

Notre visite a été en réalité motivée en premier lieu par l’architecture et plus particulièrement par l’analyse des effets visuels produits par l’usage des panneaux d’aluminium dans des lumières externes et (plus rare) exploités aussi à l’intérieur.
L’usage des doubles parois en verre et des façades avec les panneaux d’aluminium est harmonieuse et paisible.

Le choix de matériaux de parement par SAANA en est la clé

La signature typique de SAANA se retrouve dans le choix des matériaux. Partout le verre et l’aluminium et l’absence de couleur pour ne pas entrer en compétition avec la végétation et le ciel. Dans l’ensemble du bâtiment, nous avons le sentiment de déambuler dans une ambiance laiteuse et douce.
L’usage du verre sur une partie du musée efface la frontière entre extérieur et intérieur. Le décloisonnement est omniprésent et nous avons le sentiment de déambuler dans un espace très ouvert et accessible sans jamais se poser une question d’orientation.

La conception des galeries d’exposition au Louvre-Lens

Les galeries de présentation sont conçues d’un seul tenant pour observer l’ensemble des œuvres comme dans un écrin géant. Les deux grandes galeries d’exposition s’étirent de part et d’autre du hall d’accueil. L’architecte utilise l’effet des panneaux d’aluminium aussi à l’intérieur. La lumière naturelle zénithale adoucie par un faux plafond élaboré projette des reflets laiteux des œuvres exposés partout sur les parois.

Le concept même de la Galerie du Temps est une exposition transversale, un parcours à la fois chronologique et géographique qui synthétise 5 mille ans d’histoire d’art. C’est un parcours de 125 mètres de long et de 25 mètres de large avec une exposition semi-permanente de plus de 200 chefs-d’œuvres.

Les parois font vibrer les œuvres en les reflétant. En effet, rien n’est accroché aux murs, mais les peintures sont présentées sur des cimaises. Sans aucun recours à l’accrochage sur les parois extérieurs, la peau d’aluminium reste partout intacte.

les reflets laiteux sur les surfaces d’aluminium

La seconde galerie dédiée aux expositions temporaires possède un agencement similaire sur 800 mètres carrés de surface.
Le Pavillon de Verre de 1000 mètres carrés baignée par la lumière naturelle grâce aux baies vitrées en double parois est réalisé comme partout sans qu’on perçoive la moindre fixation des structures métalliques ce qui rend l’ensemble de la structure très légère.

double parois en verre, fixation occultée, indications pour malvoyants sont surtout au sol avec un très léger marquage esthétique sur chaque vitre (peu visible)

La transparence se poursuit avec l’accès aux réserves au sous-sol visibles derrière leur façade de verre. Pour conclure, des espaces de médiation sont au cœur du projet grâce aux outils numériques, audioguides, tables tactiles perfectionnées, médiathèques, centre de ressource avec 6000 ouvrages et ateliers pédagogiques.
La Galerie des expositions temporaires est juxtaposée à une salle de spectacle La Scène.

Alors que peut-on reprocher au lieu ?

En se restaurant, nous nous sommes interrogés sur nos ressentis en tant que visiteurs. Pourrait-on vivre de manière plus prolongée dans cet espace sans couleur et tellement lisse? Nous nous disons avec amusement qu’il manque presque d’un peu d’imperfection et de chaleur.
Pour un musée, lieu de passage, cette conception futuriste est adaptée. En revanche, nous sommes plus réservés quant aux choix 100% minimalistes, uniformes et puristes pour des espaces de vie et de travail quotidiens. Nous devons tenir aussi compte des besoin d’intimité où il est possible de se sentir abrité du regard.

Le parc paysagé ‘à bulle’ autour du musée LOUVRE-LENS

Nous n’avons pas aimé le parc paysagé et le parvis. Il a été assurément minutieusement travaillé, mais le résultat est décevant.

La conception de Catherine Mosbach est une sorte de  ‘platitude destructurée’ qui nous semble un peu théorique.
Les ‘bulles’ de végétation qui ponctuent le parvis ne permettent pas de déceler un sens, ni de percevoir une harmonie. Parfois, nous avons même l’impression de se trouver sur une dalle en béton d’une cité des années 70 mal vieillie où poussent des herbes folles.
L’ensemble est surtout terriblement plat et répétitif.
L’absence de lecture à la hauteur du piéton est flagrante. Le projet devait sans doute parfaitement fonctionner sur le plan, donc vu du ciel. Un peu comme l’architecture de Zara Hadid qui laisse le promeneur indifférent une fois entré à l’intérieur de son bâtiment -objet.


Contrairement à l’intention affichée, le parc ne donne pas envie de déambuler. Un des grands principes de plaisir des sens a été oublié. Pour avoir envie ‘d’aller voir’, il faut savoir cacher pour pouvoir « effeuiller » l’espace progressivement.
La question d’entretien à long terme du jardin se pose sans doute.

La vie d’un bâtiment après son inauguration

Les matériaux sont luxueux du sol au plafond et les meubles ont été dessinés partout sur mesure. Même des simples rayonnages métalliques de la bibliothèque sont arrondies pour suivre les parois en verre.
Par conséquence, le manque de budget d’entretien ou d’évolution sera d’autant plus visible.

Lorsqu’on a besoin d’ajouter les fours à micro-ondes dans la cafétéria, le musée bricole. Il n’y a plus de budget pour ajouter un autre meuble adapté.


Les panneaux aluminium présentent également de nombreux défauts, les bulles se formes par endroits ce qui créer des défauts très visibles.
Il est difficile de ne pas remarquer cet escalier mal fini (réparé ?) dans le Pavillon de Verre.
Après une telle perfection initiale , le défaut d’entretien est visible.


 Les maîtres d’ouvrage institutionnels ont cette fâcheuse tendance à prévoir l’ investissement initial jusqu’à l’inauguration, mais oublier qu’un bâtiment consomme tout au long de sa vie.
Le niveau de standard devrait être mieux respecté dans la gestion quotidienne du site .

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